La classe Arc-en-Ciel nous ouvre ses portes.

Tous uniques, ensemble.


Sylvie Groman, c’est votre 3ème année en classe Arc-en-Ciel , pourriez-vous d’abord vous présenter ?

Je suis enseignante au Sacré Coeur depuis douze ans maintenant. Avant cela j'étais enseignante dans l'école éponyme du 18ème. J'ai enseigné de la Grande Section au CM2. J'ai un lien fort avec notre école car mes deux filles y ont effectué toute leur scolarité. Elles aussi ont une attache affective avec le Sacré Coeur et les enseignantes qui les ont accompagnées.

A la base j'ai une formation de psychologue de l'éducation aux Etats Unis, renforcée par un DEA à René Descartes. Mon expérience à l'étranger m'a permis de vivre des approches différentes et, même si le système scolaire est loin d'être parfait outre atlantique, je me suis imprégnée de ce qui me semblait adaptable dans ma pratique en France. Après cinq années chez un éditeur de tests psychométriques à Paris dans l'adaptation de tests américains et un congé parental, j'ai préparé le concours de professeur des écoles qui m'a menée ici.

J'ai très régulièrement accueilli un enfant en situation de handicap dans ma classe mais j'ai toujours été convaincue que cet accueil avait des limites pour certains enfants. Quand le dispositif Ulis a été créé il y a trois ans, le principe m'a tout de suite attiré car l'Ulis offre la flexibilité et les moyens d'accueillir chacun dans les meilleures conditions possibles.


Qu'est-ce qu'une Ulis ?

Une Ulis est une Unité Locale Insertion Scolaire. C'est un dispositif qui permet d'accueillir des enfants en situation de handicaps et de les inclure dans l'école. En lien avec l'équipe éducative, je propose une pédagogie personnalisée qui répond aux besoins particuliers de l'enfant et assure une inclusion évolutive dans sa classe, de référence en fonction de ses possibilités et de ses progrès. Par exemple, certains enfants travaillent les mathématiques et la lecture avec moi (dans la classe Arc-en-Ciel) mais il sont aussi élèves de CE1 ou CM1 où ils rejoignent leurs camarades pour des cours d'anglais et les cours de sports, par exemple. A l'inverse, j'accueille régulièrement des enfants qui ne relèvent pas de l’Ulis pour mener à terme des projets en arts plastiques en lien avec l'écrit et l'oral - projets qui sont menés ensemble.

Etant donné que chaque élève est associé à une classe nominative de couleur (CE2 vert, CM1 rouge etc.) j’ai choisi le nom d’Arc en Ciel qui reprend toutes les couleurs des classes de notre belle école et bien plus encore.


L’histoire

La classe est encore relativement récente dans notre école et de nombreux parents ne la connaissent pas encore. En revanche, tous les parents avec lesquels j’ai le plaisir d’échanger sont toujours très intéressés et soutenants.

Le dispositif Ulis représente la mise en œuvre d’une action durable qui reflète un véritable engagement de l’Etat, de l’Enseignement Catholique parisien, du groupe scolaire et de l’équipe éducative dans son ensemble. C’est notre volonté forte qui se traduit aujourd’hui en une participation concrète à la construction d’une société solidaire et inclusive, respectueuse des différences.

Il est important de savoir que jusqu’en 2005, les enfants en situation de handicaps devaient s’adapter à l’école. Depuis la loi du 11 février 2005, c’est à l’école et ses acteurs de s’adapter aux besoins de l’enfant dans la mesure du possible afin de l’accueillir au mieux en "[assurant], à l'élève handicapé, le plus souvent possible, une scolarisation en milieu ordinaire". Ce dispositif Ulis nous donne ainsi les moyens de construire une école inclusive.


Un dispositif pour qui ?

Nous accueillons cinq enfants âgés de 6 à 11 ans manifestant des troubles des fonctions cognitives (TFC) ; comme par exemple : troubles "dys" (dysphasie, dysorthographie, dyslexie, dyscalculie...).

Chaque enfant a un projet d’inclusion en classe ordinaire. Le travail se fait en lien avec les parents et un Sessad ou un CMP le cas échéant.


Quelle est votre démarche ?

Ma démarche s’inscrit dans une perception globale de l’enfant. Elle articule :

- La cognition, la métacognition

- L’expression des émotions

- La coopération

- L’épanouissement, le bien-être et la bienveillance

Elle s’inscrit dans la volonté d’inclusion des élèves. Elle repose sur la capacité de chacun de progresser, de grandir en autonomie et d’être partie prenante de ses apprentissages (en comprenant comment on apprend, on apprend à apprendre).


Quelle approche proposez-vous ?

L'accompagnement a pour but essentiel l'efficacité des enseignements et l'accès à l'autonomie pour l'enfant.

C'est avant tout une approche personnalisée. Après une période d'observation active, j'établis les compétences qui seront abordées pour chaque élève. Les objectifs seront ajustés en fonction de l’évolution individuelle. Je procède régulièrement à des adaptations pédagogiques spécifiques afin de mettre en œuvre le PPI (Projet Pédagogique Individualisé) de l'enfant. C’est un véritable défi pédagogique car tout en créant un programme et un emploi du temps pour chaque enfant, je dois aussi proposer des activités qui englobent le groupe d’enfants et/ou des classes entières en lien avec les objectifs et les intérêts de chacun.

C'est aussi une approche qui favorise le développement de l’autonomie par son organisation matérielle et pédagogique.

La salle Arc en Ciel a été pensée et organisée afin d'offrir un cadre stimulant et sécurisant à la fois. De plus, elle offre une liberté de mouvement qui favorise l'autonomie et permet à l'enfant de s'installer dans la classe de la manière qui lui convient le mieux selon son activité et selon son humeur. C’est ce qu’on appelle une classe flexible. L’enfant a à sa disposition différentes tailles et hauteurs de tables et d’assises (tabourets, chaises, gros ballons mais aussi la possibilité de travailler par terre ou sur mon bureau !).


Il peut se regrouper avec d’autres camarades ou s’isoler dans un des coins dédiés à cet effet afin de mieux se concentrer.

La salle Arc-en-ciel est équipée de matériel d'apprentissage Montessori pour un large panel de compétences (mathématiques, lecture, écriture, ...). Cette approche permet aux enfants de découvrir de façon sensorielle les concepts de base (Maria Montessori parle d'"abstraction matérialisée").

De plus, je propose des projets qui plongent l'enfant dans des situations concrètes et motivantes : aller acheter ensemble les plantes pour l’aquarium de la classe par exemple. On peut ainsi lire des documentaires sur les poissons afin de rechercher les plantes à acheter, mettre en œuvre les notions de monnaie lors de l’achat, découvrir le plan du quartier afin de retrouver le chemin vers le magasin… mais aussi le langage et la production d'écrit pour raconter ce que l'on a vécu.

L’année dernière, les enfants de la classe Arc-en-Ciel ont réalisé un lapbook sur le recyclage en réponse à un concours national lancé par la société UHU. Il a fallu faire des recherches documentaires, lire, choisir ce que l’on allait écrire et illustrer afin de bien faire comprendre pourquoi et comment recycler. Ils se sont appliqués à fabriquer un beau lapbook qui donne envie aux autres de le découvrir et d’en savoir plus sur le recyclage. Les enfants se sont entraînés à lire et expliquer le contenu du lapbook et l’ont présenté à plusieurs classes. Ce fut une très belle expérience. Nous avons eu la joie d’apprendre avant les vacances d’été que la Classe Arc en Ciel avait gagné le premier prix du concours. C’est une grande fierté et nous avons ainsi gagné un stock de colles pour une année que nous nous sommes empressés de partager ! Vous voyez ainsi que les projets ne se font pas de manière isolée et s'intègrent dans la vie de l'école. C'est une dimension importante pour apprendre à vivre ensemble, apprendre à s'apprécier avec nos différences et donner du sens aux apprentissages.


Les arts ont toujours eu une place importante dans ma façon de travailler. Ils développent la créativité et offre un moyen de s'exprimer. Ils sont vecteurs d'échanges langagiers et touchent la question de l'émotion par un le biais de l’expressivité plastique mais aussi corporelle. Les conditions sanitaires ne nous ont pas permis d’exposer nos œuvres à grande échelle en 2020-2021 mais j’espère pouvoir le faire bientôt. Petits et grands aiment se retrouver autour des créations. C’est un moment de partage toujours convivial qui nous rassemble. De plus, j'ai toujours été touchée par la réaction des enfants qui, en apprenant à admirer et faire admirer leurs œuvres, acquièrent avec le temps un véritable sentiment de fierté qui permet d'acquérir une meilleure estime de soi. Le tutorat L’école inclusive n’est pas l’école de la compétition mais de la coopération. L’année dernier j’ai proposé à des élèves de CM1 de faire du tutorat dans la classe Arc en Ciel. Après une petite formation, chaque enfant accompagne un élève du dispositif dans une activité d’apprentissage (lecture à voix haute à deux voix, grammaire, etc.). Le tutorat a connu un vif et je compte renouveler l’expérience cette année : C’est tellement bien de lire à un autre copain et de partager ses progrès !

C’est aussi bénéfique pour les tuteurs qui doivent redoubler d’attention et de patience. J’ai observé que la coopération aide aussi les enfants qui n’ont pas de difficulté particulière à approfondir leur stratégie d’apprentissage et les forcent à les verbaliser clairement et simplement. C’est de la métacognition en action !


En résumé, le dispositif Ulis de la classe arc-en-ciel répond aux besoins spécifiques d'enfants en situation de handicaps face à certains apprentissages tout en permettant une inclusion dans notre école et dans sa classe ordinaire. C'est en découvrant les valeurs humaines qui sont en chacun de nous que nous nous enrichissons. C’est une autre vision du vivre et de l’apprendre ensemble.


Merci madame Groman pour votre engagement auprès de nos enfants et à l'équipe éducative pour mettre le "vivre ensemble" au coeur de notre école.